17 août 2018

HERB TRAWICK A BRISÉ LES BARRIÈRES RACIALES DE LA LCF

Ça ne dérangeait pas Herb Trawick de savoir qu’il n’était pas le joueur que les Alouettes de Montréal avaient originalement dans leur mire. Ça ne le dérangeait pas non plus de savoir que l’équipe, en 1946, lui avait soumis une offre somme toute basse pour un joueur élu trois fois sur l’équipe d’étoiles alors qu’il évoluait avec l’Université Kentucky State.

Cette offre allait lui donner une opportunité, et il savait comment il allait en profiter.

« L’excellence faisait partie de son ADN. Il avait ses propres standards », a mentionné Herb Trawick Jr. en parlant de son père.

« Dans mon esprit, particulièrement lorsque j’étais jeune, il n’y avait aucune différence entre l’homme qui sautait sur le terrain pour performer et celui qui le quittait à la fin des parties. »

Trawick a été le premier Afro-Américain à endosser un uniforme de la LCF. Il a ultimement eu la main heureuse en déménageant dans un nouveau pays, au même moment où Jackie Robinson jouait pour les Royals de Montréal (les deux étaient amis, selon Trawick Jr.). En plus de briser des barrières raciales, les deux hommes ont rencontré les mêmes obstacles, notamment au début de leur séjour. C’est probablement ce qui les a le plus unis.

« Comme je suis né après cette époque, j’ai seulement entendu ou lu des histoires », a dit Trawick Jr.

« Ce serait difficile d’affronter les obstacles auxquels il a été confronté. Vous ne pouviez pas vous trouver un emploi pendant la saison morte, vous deviez entrer par la porte des cuisines plutôt que par la porte principale lors d’un séjour à l’hôtel, et on vous traitait différemment sur le terrain, même si vous étiez un joueur étoile. C’était coutume à l’époque, mais ça n’a jamais été adéquat. »

« Puis, évidemment, les choses ont se sont améliorées. Je ne sais pas si la situation était aussi difficile au Canada qu’elle l’était aux États-Unis. Mais je sais qu’il a rencontré des difficultés, j’en suis persuadé. »

Jouant au sein des lignes offensive et défensive, Trawick a eu un impact immédiat avec les Alouettes. Il a été nommé au sein de l’équipe d’étoiles lors de sa saison comme recrue, puis lors des quatre saisons qui ont suivi. Au total, il a été élu sept fois sur l’équipe d’étoiles au cours de sa carrière de 12 campagnes.

À ses premières années dans la LCF, les opportunités d’emploi pendant la saison morte étaient limitées, et ce, même si Trawick avait obtenu deux diplômes à l’université.

« Je crois qu’il a déjà été portier pendant la saison morte. Il a aussi déjà vendu des chaussures. Il a parfois même été lutteur », a dit Trawick Jr. « C’était probablement difficile. Il était très éduqué. Ce passage n’a sûrement pas été agréable pour lui. »

Peut-être en raison des changements dans l’attitude des gens, ou peut-être grâce à ses performances sur le terrain, mais Trawick est parvenu à s’établir à Montréal. Il est devenu citoyen canadien en 1953, quatre ans avant sa dernière saison, et il a été un homme de carrière à la suite de sa retraite comme joueur de football.

Trawick Jr. se souvient que son père a dirigé une entreprise de distribution, alors qu’il était responsable de flottes de camions livrant des circulaires et des dépliants aux quatre coins de la ville. Jusqu’à son décès, en 1985, il était reconnu pour sa générosité et pour son engagement envers la communauté. La Ville de Montréal a nommé un parc en son honneur en 1997.

« Étant le seul enfant né au Canada, je considère que Montréal a toujours été la ville d’origine de notre famille », a dit Trawick Jr. « Je spécule un peu, mais les succès de mon père au début de sa carrière comme joueur de football et le fait qu’il ait été reconnu et louangé pour ses prouesses athlétiques et pour sa personnalité nous ont facilement fait tomber en amour avec le Canada. »

« Les États-Unis étaient un endroit différent à cette époque en termes d’options et d’opportunités pour les gens de couleur. Je crois que ça correspondait plus à sa personnalité. Il s’agissait de la bonne ville, du bon moment et du bon environnement, en ce qui concerne sa carrière. »

Trawick Jr. n’a que de bons souvenirs de Montréal. Il a vécu de belles et fructueuses années dans l’industrie de la musique et du divertissement à Los Angeles, mais il dit qu’il s’est toujours senti interpellé par Montréal, surtout au cours des dernières années.

« Je suis simplement fier. C’est difficile de ne pas l’être. À Montréal, il y a un parc nommé en l’honneur de mon père. J’ai plusieurs bons souvenirs de la ville », a-t-il dit.

« Tu te dis : « Wow ! Non seulement mon père a-t-il contribué de manière positive à la ville, mais celle-ci le reconnaît, et les deux parties en ont profité ». Tout le monde était très reconnaissant. Je devrais peut-être retourner vivre à Montréal. J’y pense, parfois. »

D’après un texte de Chris O’Leary publié sur le CFL.ca.