D’un survivant d’une tornade à la Coupe Grey : la persévérance de Kori Roberson Jr. porte ses fruits
PRÉSENTÉ PAR ÉPATANTE PATATE DU QUÉBEC
La vie d’un joueur de la Ligue canadienne de football (LCF) peut être exigeante — surtout pour une jeune recrue américaine comme le plaqueur défensif Kori Roberson Jr. Âgé de 24 ans, il a participé à sept matchs cette saison, mais n’a plus vu d’action en saison régulière après la grande victoire des Alouettes en Saskatchewan, le 13 septembre.
Malgré le fait d’être laissé de côté semaine après semaine, Roberson a continué de travailler sans relâche, sur et en dehors du terrain — une persévérance qui a fini par porter ses fruits lors des éliminatoires de la Coupe Grey.
Roberson a été promu au sein de l’alignement partant avant la demi-finale de l’Est contre les Blue Bombers de Winnipeg, à la suite de la blessure de Mustafa Johnson et du départ de Shawn Oakman. Lorsque l’entraîneur-chef Jason Maas a été interrogé au sujet de Roberson Jr. lors de l’émission d’après-match officielle des Alouettes suivant la victoire contre Winnipeg, il a salué l’éthique de travail du jeune joueur de ligne. Maas s’est rappelé être entré dans le gymnase de l’équipe vers 19 h — bien après que la plupart des joueurs soient rentrés chez eux — pour y trouver Roberson Jr. et le demi défensif recrue Don Callis encore à l’entraînement. Roberson Jr. était alors en train de soulever rien de moins que 465 livres en faisant des squats.
« Don et moi avons décidé de faire un peu de travail supplémentaire, a expliqué le jovial plaqueur défensif. On voulait commencer la semaine en avance. On fait ça chaque semaine. On faisait des lourdes charges au squat ! Tout le monde était parti et on n’avait pas grand-chose d’autre à faire, alors on s’est dit : pourquoi ne pas s’entraîner ? On a mis du poids sur la barre et on s’est mis au travail. On est restés tard pour s’améliorer. Certains gars rentrent à l’hôtel après l’entraînement, mais moi, j’aime rester pour peaufiner mon art — pour m’améliorer pour l’équipe et pour moi. Je veux toujours garder cet avantage. Quand mon numéro sera appelé, je veux être prêt. »
À ce moment-là, le natif de Houston, au Texas, ne savait même pas s’il allait être en uniforme pour la demi-finale. La blessure de Johnson n’était pas encore évaluée, et Oakman n’avait pas été libéré. Quelques jours plus tard, non seulement Roberson Jr. a débuté le match sur la ligne défensive, mais il a aussi provoqué un revirement clé au quatrième quart en arrachant le ballon au porteur de ballon de Winnipeg, Brady Oliveira. Le maraudeur Marc-Antoine Dequoy a recouvré le ballon, et les Alouettes ont marqué un touché peu après, augmentant leur avance à neuf points.
« Au début, j’étais frustré d’avoir manqué le plaqué, a admis Roberson Jr. Puis j’ai vu qu’Oliveira avait perdu le ballon, et tout le monde est venu me dire que j’avais fait le jeu qui a changé le cours du match. C’est un sentiment incroyable quand tu réalises que tu as aidé ton équipe — et que toute ta préparation a porté fruit. Il n’y a pas de meilleure sensation que de pouvoir montrer ça à ses coéquipiers. »
Roberson Jr. n’est pas étranger à l’adversité. Il a connu des hauts et des bas, autant dans le football que dans la vie. Avant le repêchage de la NFL 2025, il avait suscité l’intérêt de plusieurs équipes. Mais lors de sa journée d’évaluation à l’Université Southern Methodist, il s’est blessé à l’ischio-jambier, ce qui a anéanti ses espoirs dans la NFL. Les équipes intéressées se sont retirées, et Roberson Jr. a dû faire preuve de patience une fois de plus. Son occasion est finalement arrivée lorsque les Alouettes de Montréal l’ont appelé en mai dernier. Le camp d’entraînement était déjà commencé, mais l’équipe avait besoin de profondeur au poste de plaqueur défensif et lui a offert un contrat.
« Je n’avais aucune autre opportunité dans le football professionnel , a-t-il confié. Peu importe où je devais aller, j’y allais. J’ai fait mes valises et pris autant de vêtements d’hiver que possible, dit-il en riant. Je suis arrivé le lendemain, et me voilà. »

Aussi difficile que son parcours dans le football ait été, rien ne se compare à ce qu’il a vécu en 2022. Alors qu’il vivait en Oklahoma, une tornade a frappé sa maison alors qu’il s’y trouvait avec sa sœur aînée, Bellodgia. Roberson Jr. n’avait que 20 ans. Lorsque les vents se sont intensifiés, les deux ont trouvé refuge dans la salle de bain.

« C’était l’année la plus difficile de ma vie, raconte Roberson, qui avait commencé sa carrière universitaire à Oklahoma. Ma sœur et moi venons de Houston, donc on est habitués aux ouragans, pas aux tornades. Il était environ 20 h 30 — c’est arrivé de nulle part — et du jour au lendemain, nous étions sans abri. Nous avions une maison de trois chambres. Ma chambre était à l’avant et celle de ma sœur à l’arrière. L’arrière de la maison et le salon se sont effondrés. La seule partie qui a survécu, c’est ma chambre. Alors, on a dormi dans mon lit et attendu le matin. On ne pouvait pas sortir à cause des lignes électriques tombées. Nous vivions derrière un entrepôt, et c’est ce qui a causé les pires dégâts. »
Finalement, les enfants Roberson ont reconstruit puis vendu leur maison.
« C’était une expérience terrifiante, je ne vais pas mentir, dit-il. Mais je suis juste reconnaissant que tout le monde s’en soit sorti sain et sauf. Les seules choses détruites ont été le camion et la maison. Nous n’avons eu aucune blessure. »
Cette attitude positive a aidé Roberson Jr. à traverser la fatigue mentale et physique de sa saison recrue dans la LCF. Aujourd’hui, à peine trois ans après avoir survécu à une catastrophe naturelle, Kori Roberson Jr. s’apprête à fouler le terrain de sa première Coupe Grey, preuve vivante que la persévérance finit toujours par payer.