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9 novembre 2017

Chip Cox : la force tranquille

La philosophie d’un joueur étoile

Chip Cox n’a jamais été particulièrement fiérot. Au cours des 11 saisons qu’il a passées à Montréal, il s’est rarement retrouvé sous le feu des projecteurs. Mais ce n’est certainement pas parce qu’il ne l’a pas mérité. Chip a été nommé trois fois joueur étoile de la LCF, s’est vu décerner le prix du meilleur joueur défensif de la ligue, a réalisé près de 800 plaqués, a remporté la Coupe Grey à deux reprises et n’a, jusqu’à présent, jamais raté de match. Le secondeur de 5 pieds 9 pouces incarne ce qu’il y a de plus remarquable. Au fil des ans, il a mené le bal pour les échappés provoqués et a réalisé une foule d’autres importants exploits, mais ses accomplissements personnels n’ont jamais été son sujet favori.

Jusqu’à la semaine dernière, quand il a joué son 200e match. « C’est la seule marque que j’ai jamais eue en tête. Elle est spéciale pour moi parce qu’une carrière moyenne au football dure trois ans et demi. D’avoir pu disputer 200 matchs, c’est énorme. Je n’aurais jamais cru me rendre là au niveau professionnel », admet Cox. Mieux encore, il a pris part à chacun de ces duels vêtu de l’uniforme des Alouettes. Comme l’a dit son coéquipier et bon ami Kyries Hebert : « Il n’y a qu’un joueur unique pour accepter de rester au même endroit aussi longtemps, même après avoir été agent libre et avoir reçu des offres plus alléchantes financièrement. De toujours choisir Montréal, c’est Chip tout craché. Ça montre bien son caractère ».

En plus d’être incroyablement fiable, Chip est un véritable modèle de loyauté. « Beaucoup de gens ont tendance à croire qu’il est arrogant, mais c’est vraiment un bon gars. Il n’ouvre pas son cercle social facilement, mais il est extrêmement loyal », explique Kyries. Récemment, le fameux numéro 11 a été garçon d’honneur au mariage d’Hebert. De 2006 à 2011, il était souvent – sinon toujours – vu aux côtés de son compatriote demi de coin Mark Estelle. « Cox et moi, on a tout de suite cliqué. On est rapidement devenu inséparable. Si tu me voyais, tu le voyais aussi. On était là l’un pour l’autre et c’est comme ça encore aujourd’hui. J’ai joué au football longtemps et je peux vous dire qu’au fil des ans on ne se fait que quelques vrais amis. Je suis heureux d’avoir trouvé en Chip, non seulement un excellent ami, mais un frère. »

Même s’il n’est pas de nature particulièrement loquace, Chip trouve facilement les mots pour parler de sa plus grande passion. On sait ce que vous pensez et, non, ce n’est pas le football. Enfin, ça ne l’est plus. « Le football a toujours été ma plus grande passion, jusqu’à ce que j’aie une femme et des enfants. Maintenant, il occupe le troisième rang », dit-il. Sur le terrain comme dans la vie, Chip excelle. Encore aujourd’hui, à l’aube de sa 12e saison consécutive dans la LCF, il maintient que sa famille est ce qu’il y a de plus important pour lui : « Jusqu’à il y a environ trois ou quatre ans, mes parents assistaient à chacun de mes matchs. Mon père continue de venir à toutes les parties à domicile. Maintenant, j’ai une femme et des enfants et c’est eux qui ont pris le dessus. »

Comment fait-il pour maintenir un équilibre sain ? « Ma femme et moi on s’assure de ne jamais rester loin l’un de l’autre pendant trop longtemps. Ma famille est ce qui compte le plus. Sans elle, je ne serais pas là où je suis aujourd’hui. J’ai trois enfants âgés de 7, 6 et 2 ans. Deux filles et un garçon. Ils sont géniaux ! Ma femme est enseignante, alors on reste tous ensemble à Montréal l’été et, à la rentrée, ils retournent en Ohio pour l’école tandis que papa fait le voyage le plus souvent possible. Durant ces périodes, on essaie de se voir au moins deux fois par mois. Même si ce n’est que pour une journée et demie, je vais rentrer à la maison un jour de congé ou ils viendront me voir pour le week-end. On ne ménage aucun effort. C’est essentiel. Je veux être présent pour mes enfants. Je veux pouvoir voir ma femme. »

Le père de famille connaît ses priorités. Il suffit de regarder Chip jouer une fois pour comprendre qu’au-delà de son intensité et de sa vitesse inégalée (oui, à 34 ans il est TOUJOURS le plus rapide de l’équipe), ce qui permet à Chip de sortir du lot c’est sa constance inébranlable. Même s’il avoue avoir disputé quelques matchs auxquels il n’aurait peut-être pas dû participer, Cox a toujours su garder sa forme à toute épreuve. La clé de son succès, selon lui : sa force mentale (et ses gênes). Demeurer compétitif pendant autant d’années, surtout à un poste qui donne et reçoit autant de coups que celui de secondeur, relève presque de l’impossible. Hebert et Estelle n’ont tous les deux pas hésité à confirmer que l’éthique de travail de leur ami est ce qui le distingue des autres joueurs. « Il travaille tout aussi fort pendant la saison morte que pendant la saison pour conserver une forme exemplaire. Il refuse de laisser les plus jeunes lui voler son pain. Chip est déterminé à faire sa marque dans la LCF », affirme Estelle.

La quête de l’excellence semble être une constante dans la vie de Cox. Être le meilleur fils, le meilleur mari, le meilleur père et le meilleur joueur. Il n’est pas étonnant qu’il voit d’un œil positif l’arrivée d’une nouvelle ère aux Alouettes. « J’aime la vision de Patrick. J’aime la vision de Kavis. Maintenant, c’est à nous de l’honorer. Quand il y a des gens forts au sommet, le reste s’ensuit. Nos coordonnateurs et notre entraîneur-chef partagent cette vision. Si on reste tous sur la même page, tout ira pour le mieux. » Comment Chip définit-il cette vision ? « C’est de gagner. Tout simplement. »

Considérant que le secondeur n’a visiblement aucune intention de ralentir, on espère pouvoir le garder encore quelques années à Montréal. « C’est mon deuxième chez-moi ici. C’est la ville qui m’a vu grandir et devenir un homme. Je ne veux pas aller ailleurs, je suis bien à Montréal. » Alors, quels sages conseils un homme qui a tant évolué au cours de la dernière décennie a-t-il à donner aux joueurs qui entament leur carrière professionnelle? « Faites votre boulot. Ne vous plaignez pas de jouer au football. Si vous avez la chance de jouer au football, vous ne pouvez pas vous en plaindre. Vous êtes ici pour ça. Vous devriez être reconnaissants, peu importe l’endroit où vous jouez, peu importe le rôle qu’on vous a donné. Il y a beaucoup de gens qui rêveraient d’être à votre place. »

Des propos percutants venant d’un exemple d’humilité et de persévérance. Merci Chip pour tous les beaux moments et au plaisir d’en vivre encore plusieurs en ta compagnie !