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9 octobre 2020

Khari Jones affronte la santé mentale

Cette année, la Journée mondiale de la santé mentale, qui se tient le 10 octobre, tombe à un moment o nos vies quotidiennes sont complètement chamboulées en raison de la pandémie de COVID-19. En cette période plutôt déstabilisante pour plusieurs, ponctuée de changements et d’incertitudes, il est plus important que jamais de reconnaître les signes de détresse mentale chez ses proches, et d’avoir en main les outils pour les aider.

Quelqu’un qui en connait beaucoup sur ce sujet n’est nul autre que l’entraîneur-chef des Alouettes Khari Jones. Son implication dans le domaine de la santé mentale et de la prévention du suicide n’est pas un secret. Il travaille avec LivingWorks – un organisme ayant pour but de promouvoir la prévention et l’intervention auprès des personnes suicidaires – depuis 2006. Tout a commencé par une simple audition pour un rôle d’intervenant virtuel.

« Il y a quatorze ans, j’ai tourné une vidéo pour un programme de formation virtuelle que LivingWorks venait de mettre en place. Une dizaine d’années plus tard, j’ai découvert qu’ils utilisaient encore ma vidéo pour leurs cours virtuels. Ils m’ont contacté récemment et m’ont demandé de devenir ambassadeur et j’ai sauté sur l’occasion. C’est un programme incroyable. »

Son tout nouveau rôle au sein de l’organisme consiste à sensibiliser le public sur la prévention du suicide et à promouvoir le programme LivingWorks Start.

« C’est un cours qui éduque les gens à reconnaître les signes avant-coureurs de trouble mental et qui enseigne les étapes à suivre pour aider un proche à obtenir l’aide dont il ou elle a besoin » explique-t-il fièrement.

Pour Jones, qui réside en Colombie-Britannique durant la saison morte, la prévention du suicide est un sujet qui le touche personnellement.

« J’ai connu des gens qui avaient des troubles mentaux. J’ai eu non seulement des amis, mais aussi des membres de ma famille qui ont contemplé le suicide, qui ont fait des tentatives, ou qui sont même passés à l’acte. C’était important pour moi de m’impliquer dans la cause. Je pense que tout le monde a vécu son lot de problèmes et a passé à travers des phases plus difficiles à un moment dans sa vie. Je veux faire de mon mieux pour aider les gens à obtenir l’aide dont ils ont besoin. Je veux trouver les moyens de les aider à passer à travers ces périodes éprouvantes. »

Le suicide est la deuxième cause de décès chez les jeunes adultes entre 15 et 34 ans. 1 Et alors que les chiffres révèlent que plus d’hommes que de femmes décèdent de suicide, ils sont beaucoup moins propices à aller chercher de l’aide que leurs homologues féminines.

« C’est beaucoup plus difficile pour les hommes de s’ouvrir », admet Khari. « Mais je l’encourage. Je l’encourage avec mes joueurs. Je l’encourage avec mes amis. On va tous mieux se porter si on s’ouvre plus et si on se sent confortable de parler de notre santé mentale. »

La saison dernière, on l’a vu rire, sourire, sauter, danser et pleurer. Une chose est certaine, notre entraîneur n’a pas peur de dévoiler ses états d’âme, mais ça n’a pas toujours été le cas. « Quand j’étais plus jeune, je me disais que je devais cacher mes émotions et que je ne devais pas montrer comment je me sentais. Je pensais que je devais garder une certaine attitude. Je ne sais pas exactement quand tout ça a changé, mais j’ai commencé à me dire que je pouvais montrer qui j’étais, et être confortable à le faire. »

Dans le vestiaire des Alouettes, Jones encourage ses joueurs à se libérer de ce stéréotype de « dur à cuire » en les encourageant à être ouverts et vulnérables. Et il prêche par exemple.

« Je suis un gars assez émotif moi-même et je n’ai pas peur de montrer mes émotions à mes joueurs. Ils semblent l’apprécier et ça les incite à en faire de même. Ça ne veut pas dire que tu n’es pas un compétiteur ou que tu es fragile si tu t’ouvres aux autres. Ça veut tout simplement dire que tu es un humain. Durant la saison, je leur parle tous les jours. On discute évidemment de football, mais on discute aussi beaucoup de comment ils se sentent. Je leur demande de se lever et de parler d’eux au reste de l’équipe, des hauts et des bas qu’ils vivent.  Je veux les connaître en tant que personne, pas seulement en tant que joueur de football. Ça leur permet également de se rapprocher des autres joueurs parce qu’ils réalisent qu’il peut y avoir un ou plusieurs de leurs coéquipiers qui sont en train de vivre les mêmes difficultés. Ça leur permet de tisser des liens encore plus forts. »

Il faudrait avoir vécu sous une roche pour ne pas réaliser que l’équipe avait un certain je-ne-sais-quoi la saison dernière; ou était-ce une chimie incontestable, un élément qui semblait manquer à la formation depuis quelques années? Selon Jones, une des clés du succès de l’équipe en 2019 était justement cette chimie qu’on retrouvait sur le terrain, mais qui s’est bâtie dans le vestiaire.

« Lorsqu’on connait les gens sur un niveau plus intime, lorsqu’on connait mieux ses coéquipiers, on a tendance à vouloir travailler plus fort. Ça nous fait réaliser qu’ils sont là pour les mêmes raisons que nous. Ma porte était toujours grande ouverte, je voulais que les gars se sentent à l’aise de venir me voir, et de me faire part de ce qui leur arrivait, bon ou mauvais. La saison 2019 a été très spéciale pour moi, je suis fier d’avoir pu laisser ma marque de cette façon et j’espère pouvoir continuer de le faire pendant plusieurs années. »

Nos joueurs sont chanceux d’avoir un modèle comme Khari Jones et un bon réseau de soutien à portée de main, mais la réalité est très différente pour beaucoup de gens qui passent à travers des périodes difficiles ou qui souffrent de problèmes mentaux. Plusieurs sentent qu’ils n’ont pas de système de soutien ou ont tout simplement peur d’aller chercher de l’aide.

« Il faut vaincre cette peur et juste foncer en allant parler à quelqu’un », explique Jones. « Ça peut être un ami ou quelqu’un qu’on ne connaît pas du tout. Il faut faire sortir le méchant en en parlant. »

Dans la même veine, Jones nous encourage tous à porter attention aux signes de détresse chez nos proches. « Si tu vois que quelqu’un semble vivre des moments difficiles ou que quelque chose ne semble pas normal chez un ami ou un membre de la famille, n’aie pas peur de parler à cette personne et de lui demander comment elle va. N’aie pas peur d’ouvrir le dialogue. Il y a plusieurs outils et ressources disponibles pour aider les gens à surmonter leurs problèmes de santé mentale; Living Works Start est l’un d’entre eux. Tu n’as pas à le faire complètement par toi-même. »

« Il faut laisser les gens savoir qu’il y a de la lumière au bout du tunnel. Et encore plus en cette période de crise, quand tout peut sembler un peu plus noir pour beaucoup d’entre nous. Mais il y a de la lumière au bout du tunnel, donc j’essaie de continuer à faire passer le message et à faire briller ma lumière sur les gens autour de moi. »

 

  1. Gouvernement du Canada.Données sur le suicide au Canada. Extrait de https://www.canada.ca/fr/sante-publique/services/publications/vie-saine/donees-suicide-canada-infographique.html